Patrick Amand

La Pointe du Hoc







 Cartes postales de la Pointe du Hoc avant guerre

Curiosité naturelle avant 1940, la saillie de falaises calcaires s’avançant vers la mer, nommée la Pointe du Hoc, était devenue en 1944 un point d’appui stratégique pour les Allemands, et passait, chez lez Alliés pour « l’ouvrage le plus dangereux de toute la zone américaine ».


plan top secret pour la préparation du Débarquement
Les 6 canons de 155 de cette batterie pouvaient prendre sous leurs feux aussi bien la plage d’Omaha que la plage d’Utah et il convenait de les détruire, ou au moins de les paralyser. Le 15 avril 1944 eut lieu le premier bombardement massif de la batterie, un canon fut démoli. Le 22 mai et le 4 juin, les bombardements aériens reprirent et celui de la nuit du 5 au 6 juin fut le plus intense.

Bombardement de la Pointe du Hoc




Enfin, à l’aube du 6 juin, les cuirassés poursuivirent l’œuvre aérienne, transformant toute la région de la falaise en paysage lunaire. Trois compagnies du 2ème bataillon de Rangers furent chargées de s’emparer de ce point fort, sous les ordres du lieutenant-colonel James Rudder. Chaque groupe de 20 Rangers possédait pour l’escalade de la falaise de trois paires de fusils lance grappin (une paire de fusils lançait au sommet de la falaise le grappin auquel une échelle de corde était attachée.), des fusées lance cordes à main et une échelle métallique tubulaire faite de quatre éléments. Quatre chalands transportaient une échelle de pompiers de Londres.




entraînement avec les échelles dans le sud de l'Angleterre



entraînement avec les grappins avant le Débarquement

(photos entraînement : The secret war - Gerald Pawle - Ed. Gorgi - 1959)


escalade le la falaise

Ils abordèrent avec 40 minutes de retard sur l’horaire prévu (6 h 30) ayant été dirigés trop à l’est après avoir perdu un L.C.A., un Duck et un chaland d’approvisionnement. Ils n’étaient plus que 180. Une mitraillette en tua 15. Les 165 lancèrent leurs grappins. Les Allemand, au sommet de la falaise, tentèrent de les arrêter à l’aide de pistolets mitrailleurs, de grenades et de quartiers de roche. Le destroyer Satterlee les paralysa. Les Rangers parvinrent au faîte… et trouvèrent les emplacements de tir abandonnés.


Rangers au sommet de la Pointe du Hoc




Le chef de la batterie du Hoc, dans la nuit qui suivit le bombardement du 15 avril, avait réussi à déplacer 3 de ses canons à 1km à l’ouest ; les autres suivirent bientôt. Camouflés dans un sentier bordé de fossés et de haies, ils ne furent pas repérés sur les photos aériennes. Seulement, ils étaient orientés vers l’ouest, c'est-à-dire vers l’embouchure de la Vire, et fort difficiles à déplacer. Le 6 juin, ils ne jouèrent donc aucun rôle.

un des canons déplacés prisonniers Allemands

Le 6 juin, les blockhaus en construction furent détruits par le bombardement, ceux qui étaient achevés, au nombre de deux, furent endommagés. Le poste de commandement à l’extrémité de la pointe, souffrit peu. Les armes automatiques légères et les obus suspendus au-dessus de la falaise furent efficaces. Les 200 hommes de la 716ème division de défense côtière étaient en majorité non allemands et, comme l’écrivit un jour le général von Schlieben dans un de ses comptes rendus, il pouvait paraître « douteux qu’on arrivât à faire se battre des Russes, en France, pour l’Allemagne, contre des Américains ».


Une partie des Rangers s’avança vers l’intérieur, découvrit la batterie, camouflée et intacte, des munitions préparées sur le sol, les pièces prêtes à tirer. Mais aucune trace des servants ni indice que les canons avaient tirés récemment. La batterie fut détruite avec des charges explosives.

La position des Rangers n’était pas, pour cela, plus aisée. Les Allemands lancèrent contre eux plusieurs contre-attaques. Le lieutenant-colonel Rudder demanda vainement par radio des renforts au début de l’après-midi. Une section de la 1ère compagnie du 5ème bataillon débarquée avec la 116ème d’infanterie à l’ouest d’Omaha arriva seulement le soir à la Pointe du Hoc. Dans la nuit les Allemands attaquèrent de nouveau, à plusieurs reprises. Le matin du 7 juin, la position était toujours aussi difficile et malgré l’arrivée, en fin d’après-midi, de 30 hommes avec des vivres et des munitions, elle resta la même jusque dans la matinée du 8 juin où deux chars Shermann apparurent, suivis de Rangers. Avant midi, la Pointe du Hoc était libérée.



(c) Guide des plages du débarquement
Patrick Boussel
Presses de la cité - 1964
sauf mention contraire, la source des photos est : US National Archives


Liens pour en savoir plus sur la Pointe du Hoc :
www.6juin1944.com/assaut/omaha/hoc.php
www.dday-overlord.com/pointe_du_hoc.htm
sites.estvideo.net/normandie1944/hoc.htm

Livres :

Lieut-Col. Ronald Lane Helmut Konrad von Keusgen

A la Pointe du Hoc, l’Amérique engage un chantier pharaonique !

Ils ont fait tomber cette falaise en juin 1944. 66 ans après, les Américains reviennent pour la conforter.
Et sortent l’artillerie lourde.

Aux premières heures du 6 juin 1944, 220 rangers du 2e bataillon, sous le commandement du colonel James Earl Rudder, prennent d'assaut l'effrayante falaise de Cricqueville-en-Bessin. Au terme d'une ascension de 30 mètres, seuls 90 d'entre eux réussissent à mettre le grappin sur la Pointe du Hoc. Pour y trouver... des pylônes en bois en guise de pièce d'artillerie.

66 ans plus tard, l’enjeu n’est plus le même, le péril moindre, mais la tentative est aussi démesurée. La volonté et le sens du devoir toujours aussi affirmés. Alerté de la menace d’effondrement qui pèse sur cette pointe visitée chaque année par 500 000 personnes, le gouvernement américain n’a pas lésiné et a accordé 6 millions de dollars à l’American Battle Monuments Commission (ABMC) pour trouver une solution. “La Pointe du Hoc est un lieu de pèlerinage pour de nombreux Américains et l’image du sacrifice des soldats US. Lorsque les premières inquiétudes ont été rapportées, la mobilisation a été immédiate”, illustre Roland Beaudet, responsable du projet pour l’ABMC.

Théâtre d’un des assauts les plus célèbres de l’histoire, la Pointe du Hoc subit d’autres assauts, plus marquants, et depuis bien plus longtemps : celui des vagues et des tempêtes, qui l’ont fait reculer de 10 mètres en 60 ans. Aujourd’hui, le blockhaus allemand, fermé au public depuis 2004, est à 3 mètres du vide. “L’érosion attaque le pied de la falaise. Elle se crée par déchaussement de gros blocs qui peuvent faire plusieurs mètres cubes. Le fait que les cavités se creusent déstabilise les couches médianes, toute la masse rocheuse au-dessus qui s’écroule par suite de la perte de butée de pied. C’est le calcaire qui souffre, et puis une pointe est toujours plus exposée”, précise Benoît Lerévérend, responsable de l’opération de confortement pour Antéa, l’assistant maître d’ouvrage.

Une intervention invisible

Confortée par le gouvernement américain, l’ABMC a donc envisagé les grands moyens. Deux scénarios ont été étudiés. Le premier préconisait le confortement de la partie située sous le blockhaus afin de sauver le monument, mais laissait régresser l’avant de la falaise. Le second, retenu par l’ABMC, propose une solution de confortement global, garantissant la pérennité géologique du site. Il a été imaginé par le groupement GTS (groupe NGE), GTS, Egis, Géolithe.

“Il y aura quatre phases”, précise Alain Forgeot, directeur du projet pour GTS. “Nous allons préparer et sécuriser le site pour la vingtaine de personnes qui travailleront et pour acheminer une grue de 130 tonnes qui permettra de descendre des engins de 10 tonnes en bout de flèche, et notamment une pelle araignée. Ensuite, nous attaquerons le chantier en lui-même en comblant les cavités avec des renforcements à l’intérieur et latéralement avec des boulons d’ancrage forés dans le rocher. Il y a 250 m3 à combler sur 70 mètres à l’est et à l’ouest de la falaise. Il faudra alors stabiliser la tête de falaise avec des boulons d’ancrage et du grillage, qui seront végétalisés après coup. Enfin, nous allons former une ceinture de soutien sous le blockhaus de commandement en forant des cavités de 25 cm de diamètre et de 20 mètres de profondeur dans lesquelles nous glisserons des tubes soudés en acier”.

Conscient du caractère exceptionnel et sensible du site, GTS a choisi de soigner son intervention. Le parement sera ainsi reconstitué à partir de rochers prélevés sur site. De même, les clous et boulons métalliques utilisés seront galvanisés à chaud afin d’éviter oxydation et coulure et la végétalisation permettra de masquer totalement l’opération et de rendre à la falaise son aspect d’origine.

Frédéric Oblin
La Manche Libre - 27 mars




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